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L’électricité verte des fournisseurs l’est-elle vraiment ?

Le 20 janvier 2020


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Les offres « vertes » se multiplient chez les fournisseurs d’électricité. Pour autant, rares sont celles qui permettent vraiment le développement des énergies renouvelables en France. Explications.




De plus en plus de Français ont envie de changer de fournisseur d’électricité pour passer à une énergie plus propre que le nucléaire ou le charbon. Et aussi pour soutenir la filière des énergies renouvelables (ENR). Avec la libéralisation du marché commencée en 2007, une trentaine de fournisseurs sont apparus, dont une vingtaine présente aujourd’hui des offres « vertes ». Même EDF a étrenné la sienne. Pour autant, difficile, à la lecture de leurs sites internet, de savoir si ce qu’on paye va vraiment aider le développement des ENR.


Des « garanties d’origine » critiquées


Aujourd’hui, le minimum légal demandé à un fournisseur pour qu’il puisse affirmer proposer de l’électricité verte est de payer des « garanties d’origine ». Total Direct Énergie, Énergies E. Leclerc ou GreenYellow, la plupart des acteurs du marché procèdent ainsi : le client sera fourni en énergie grise, dont une bonne part de nucléaire. En contrepartie, le fournisseur payera plus tard, à un producteur d’énergie renouvelable, la preuve qu’une quantité équivalente a été injectée dans le réseau.


Mis en place pour encourager un marché balbutiant, ces certificats comptent plusieurs défauts. Le premier est le prix (très opaque) payé au producteur : « Il est très bas, entre 0,50 et 1,50 euro le MWh, selon les retours que nous avons eus », note Brice Arnaud, économiste à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). À comparer aux 40 à 50 euros/MWh du prix de vente moyen de l’électricité sur le marché. Pour mieux évaluer le faible poids de ces garanties d’origine, l’Ademe avait estimé, fin 2018, sur la base d’une facture annuelle type, que seul 1,1 % du montant total revenait de cette manière à un producteur d’énergie verte. Autre impair, le paiement direct de ces certificats est réservé aux installations ne bénéficiant pas d’un soutien de l’État (exit donc l’éolien et le photovoltaïque) et va, en France, à 99 % à l’hydroélectrique, déjà bien amorti. Les garanties d’origine de l’éolien et du photovoltaïque, sont, depuis septembre dernier, mises aux enchères par l’État qui espère récupérer une petite manne de 17 millions d’euros. Une goutte d’eau alors que le soutien public aux ENR avoisine les cinq milliards d’euros.


Enfin, nombre de fournisseurs sont obligés d’aller payer ces certificats à l’étranger et notamment en Scandinavie, faute d’en trouver suffisamment en France. C’est pour toutes ces raisons que les garanties d’origine sont souvent qualifiées de « green washing » (« verdissage ») par leurs détracteurs.


Un label de l’Ademe en cours de création


D’autres fournisseurs vont plus loin et achètent directement de l’électricité à des producteurs d’ENR en plus des certificats. Le cas le plus emblématique est celui d’Enercoop que Greenpeace place en tête, ex aequo, de son classement des fournisseurs verts, mais qui facture son électricité au prix fort. Hélas, beaucoup de ces acteurs « premium » ne sont pas capables d’assurer 100 % des besoins des clients en ENR et doivent se tourner vers le marché classique pour combler les manques éventuels.


Pour que les clients y voient un peu plus clair, l’Ademe travaille, depuis la mi-2019, sur un label. « Il tiendra compte de l’hétérogénéité des offres. Nous espérons aboutir courant 2021 », explique Brice Arnaud. Autre avancée en cours, pour garantir une traçabilité « en temps réel » de l’électricité, la technologie réputée inviolable de la « blockchain » (la même qui sert de socle à la monnaie virtuelle Bitcoin) commence à être utilisée par certains fournisseurs.


Source : letelegramme.fr



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