Les excavatrices-aspiratrices sont des machines de plus en plus plébiscitées sur les chantiers. Si vous avez déjà vu fonctionner une de ces machines, vous avez été à coup sûr bluffé par ses performances et convaincu de son utilité. Vous ne connaissez pas ? Petite séance de rattrapage.
Partie 1
Les caractéristiques techniques des excavatrices
Partie 2
Les fabricants allemands dominent le marché
Partie 3
Rivard prend position
Partie 4
Des loueurs de plus en plus nombreux
Comparables à des aspirateurs géants, les structures aspiratrices sont montées sur des châssis porteurs de 3,5 à 41 T selon les fabricants. Grâce à un système d’aspiration, disponible en simple, double ou quadruple turbines, qui génère un courant d’air pouvant atteindre 44 000 m3/h et une dépression de 55 000 Pa, ces machines peuvent engloutir toutes sortes de matériaux à l’aide d’un bras d’aspiration très maniable. Se déployant sur trois mètres de long, ce bras d’aspiration peut s’allonger par l’ajout de flexibles pour intervenir sur un maximum de chantiers. Les matériaux aspirés sont stockés dans une benne tandis que l’air est filtré avant d’être rejeté. Si les deux fabricants allemands, RSP et MTS, se disputent le marché de l’excavation-aspiration avec des produits aux caractéristiques sensiblement identiques, des différences apparaissent sur le système d’aspiration. RSP propose une aspiration frontale alors que MTS a breveté un système cyclonique faisant tourner l’air qui offrirait, d’après son constructeur, 20 % de force d’aspiration supplémentaire à taille comparable.
Pour les travaux publics, l’atout majeur des excavatrices est d’éliminer tout risque de dégradation des réseaux. Outre l’argument sécuritaire, le gain de temps, la réduction des nuisances et la productivité de la machine sont mises en avant par les fabricants. Des bénéfices que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à apprécier pour différents types de travaux : dégagement de réseaux, construction de puits d’accès, aspiration pour travaux d’assainissement… Les applications sont multiples et les usages se développent encore (lire Partie 2).
Les deux fabricants allemands, RSP et MTS, proposent donc des machines très semblables. « Les camions-aspirateurs de MTS et ceux de RSP sont similaires à 90 %. Logique quand on sait que les dirigeants de ces deux entreprises ont travaillé chez le même fabricant d’excavatrices »
, résume Gilles Bauer, gérant de MTS France. Créée en 2004, MTS France, détenue à 50 % par la famille Bauer et à 50 % par le fabricant MTS, distribue exclusivement des excavatrices. « Dans l’Hexagone, nous avons déjà commercialisé plus de 250 machines auprès d’une centaine de clients »
, précise Gilles Bauer. Les machines sont fabriquées sur le site de production de Germersheim en Allemagne, à une soixantaine de kilomètres de la frontière. Environ 50 aspiratrices sortent chaque année de cette usine où travaillent 40 employés. Les volumes sont comparables pour RSP. « Cinq à six machines par mois sont fabriquées dans l’usine allemande. En France, nous comptons une centaine d’excavatrices RSP »
, affirme Nicolas Martins, technico-commercial chez DBCO, importateur exclusif des aspiratrices RSP. En 2010, Gilles Bauer affirme avoir vendu 25 excavatrices en France, tandis que Nicolas Martins parle d’une quinzaine de machines par an en moyenne. « Cette année, nous devrions être sur un niveau comparable car les entreprises ont connu des difficultés de financement. Pour 2012, nous tablons sur 25 à 30 machines »
, ajoute le gérant de MTS France. Les excavatrices-aspiratrices ne sont pas à la portée de n’importe quelle bourse : 320 000 € en moyenne. Les camions d’occasion sont donc très recherchés, mais peu présents sur le marché.
Les chiffres prouvent bien que la France est, de loin, le premier marché des deux fabricants. Les camions aspirateurs se sont d’abord développés sous la pression des exploitants de réseaux qui voulaient minimiser les risques d’endommagement de réseaux. Les grands groupes, qui utilisent des excavatrices pour leur compte, sont aujourd’hui largement devancés par les prestataires de services qui représentent 60 % de la clientèle. « Les groupes de TP choisissent de plus en plus de faire appel à des loueurs avec opérateur. Cette politique permet d’être plus réactif et plus professionnel »
, analyse le gérant de MTS France. Si les entreprises de TP recourent aux excavatrices pour découvrir les réseaux en toute sécurité, le secteur ne représente plus l’essentiel du marché. De nouvelles applications font une forte percée dans les domaines de la cimenterie, des catastrophes naturelles, de la démolition-déconstruction… « Nos machines permettent d’évacuer les matériaux dans le cadre de démolitions en supprimant un grand nombre de nuisances : poussière, bruit, bennes sur les trottoirs…,
argumente Gilles Bauer. En cas de problème d’étanchéité, ces machines sont également très utiles pour aspirer les gravillons sur les toits plats des immeubles »
. Les excavatrices se sont adaptées à cette diversification avec des évolutions pour la sécurité et l’orientation du bras par exemple.
Rivard, concepteur et constructeur d’équipements pour l’assainissement, l’industrie et les travaux publics, se positionne également sur le marché de l’excavation par aspiration avec son véhicule baptisé Vepa. « Notre véhicule de 18 tonnes est plus petit et dispose d’un empattement plus court. Ces caractéristiques lui permettent d’être plus compact et donc d’intervenir dans des zones difficiles d’accès comme les centres urbains »
, explique Fanny Constant, chef de produits TP chez Rivard. Le Vepa se distingue aussi par sa cuve, d’une capacité de 6,5 m3, de forme ronde qui « évite le colmatage en fond de cuve
».
Certains reprochent au Vepa d’être doté d’une seule turbine pour l’aspiration. « La puissance est suffisante car le véhicule se situe très près de la zone de chantier et le bras d’aspiration n’a pas besoin d’être déployé sur une grande distance »
, justifie Fanny Constant. Le bras d’aspiration est en partie manuel. « C’est l’opérateur qui effectue des mouvements au niveau de la tête d’aspiration. Ce choix est assumé et permet une plus grande maîtrise de l’engin pour prévenir tout endommagement »
, souligne-t-elle. En démonstration à travers la France, le Vepa, commercialisé à 174 000 € en entrée de gamme, devrait séduire les entreprises de TP pour leurs opérations de fouille et de terrassement. « C’est un outil idéal pour des fouilles ponctuelles autour de réseaux enterrés. Son bennage par l’arrière est particulièrement bien adapté aux centres-villes »
, argumente Fanny Constant.
Rivard n’exclut pas la possibilité de proposer un véhicule plus important (26 tonnes) et équipé d’un bras mécanisé pour satisfaire toutes les demandes. « Le marché de l’excavation-aspiration se développe fortement. Je pense qu’on s’inscrit dans une tendance à la diminution de taille et que notre Vepa est donc bien positionné. La même tendance a été observée pour les pelles
»
, analyse la chef de produits. Pour Gilles Bauer, la compacité des véhicules est très appréciée, mais les prestataires de services préfèrent toujours des camions avec des bennes de grande autonomie et plébiscitent des engins maniables. « Les entreprises qui font appel à un loueur ne veulent pas qu’il perde du temps dans les trajets pour vider sa benne. Une excavatrice qui roule n’est plus qu’un camion et n’a plus d’intérêt »
, fait-il remarquer.
De plus en plus d’acteurs se lancent sur le marché de la location d’excavatrices-aspiratrices : Aspir, Neo TP, Aspir Adour, Vallard TP... Parmi eux, Foraspi, créé en mars 2009 par Stéphane Théolier, propose trois machines très demandées. « Le marché, assez confidentiel il y a 5-6 ans, s’est fortement développé. Les excavatrices-aspiratrices ont tous les arguments pour séduire »
, affirme Stéphane Théolier. Pour le spécialiste, ce type d’engins est parfaitement adapté aux chantiers de rénovation-remplacement pour les réseaux secs et humides. Certaines natures de terrain sont, en revanche, impossibles à travailler pour les excavatrices : roche, glaise… « L’excavatrice permet de fouiller de façon restreinte et d’évacuer des matériaux sans risque d’endommager les canalisations existantes. Le chantier est moins conséquent, plus propre et plus réduit dans le temps
, détaille le gérant de Foraspi. Travailler avec un godet est plus dangereux et plus long
». Ce jour-là, Stéphane Théolier était présent à Mions, dans l’agglomération lyonnaise, pour un chantier d’Albertazzi. La filiale du groupe Serfim intervenait dans un lotissement pour remplacer les canalisations d’eau. « Grâce à l’excavatrice, il est possible de dégager jusqu’au regard du client »
, souligne l’expert.
En pratique, l’opérateur dirige le bras d’aspiration à l’aide d’un boîtier télécommandé et un ouvrier décompacte les matériaux avec un pistolet à air comprimé. La vitesse d’exécution et la puissance de l’excavatrice sont impressionnantes. Si le gérant de Foraspi reconnaît un gain de temps important, il se refuse à avancer des chiffres car la nature du chantier et le terrain rencontré peuvent faire varier le temps d’intervention. Les ouvriers d’Albertazzi n’hésitent pas, eux, à donner une estimation du gain de temps. « Le travail effectué en une journée avec une excavatrice prendrait deux semaines avec des moyens traditionnels »
, affirment-ils. Le temps gagné permet donc de rentabiliser la location de la machine qui peut paraître onéreuse. « La location à la journée avec opérateur est comprise entre 1 500 et 1 700 € »
, indique Stéphane Théolier.
Séverine Renard