Quels sont les objectifs du prolongement ? Quelles sont les spécificités techniques du chantier ? Quel est le rôle du tunnelier ? Quelles sont les étapes à venir ?
Rodolphe Munier, Responsable des projets métro au SYTRAL, répond à toutes ces questions dans ce dossier.
Partie 1
Objectifs du prolongement et spécificités du chantier
Partie 2
Le tunnelier Agathe
Partie 3
Les étapes à venir
Quel est votre rôle sur le chantier ?
Rodolphe Munier :
Je suis responsable des projets métro au SYTRAL.
Le SYTRAL est quant à lui le maître d’ouvrage du chantier.
Qu’est-ce qui a amené le SYTRAL à lancer le prolongement du métro B et quels sont les objectifs de ce prolongement ?
Ce projet est inscrit dans le Plan de Déplacement Urbain (PDU) depuis 1997 mais l’idée de ce projet date de la création du réseau. En 1978, lors de la mise en service de la ligne B entre Charpennes et Part-Dieu, les prolongements vers Jean Macé, Gerland et enfin Oullins étaient déjà prévus.
Le coût total du projet est de 222 millions d’euros.
Les objectifs de ce prolongement sont les suivants :
- Mieux desservir le Sud Ouest de l’agglomération lyonnaise (Oullins, St Genis Laval…).
- Permettre aux habitants du Sud Ouest lyonnais d’avoir une liaison rapide vers la rive gauche du Rhône (60 % de leurs déplacements) et le centre de Lyon. Nous attendons 20 000 voyageurs par jour sur cette ligne.
- Diminuer l’utilisation de la voiture et ainsi le trafic dans cette partie de l’agglomération (15 500 voitures en moins chaque jour).
Quelles sont les spécificités techniques du chantier ?
Au niveau du génie civil, ce chantier est très hétéroclite d’un point de vue technique.
La 1ère partie du chantier (à partir de l’arrière gare du terminus Stade de Gerland) est en tranchée couverte car la profondeur est faible.
La profondeur étant plus importante à partir de l’entrée du parc de Gerland, nous avons eu recours à un tunnelier. Un puits a été réalisé au niveau du parc de Gerland pour permettre l’entrée du tunnelier.
Le tunnelier a effectué une traversée sous le Rhône de 300 m de long pour arriver à la future station Oullins Gare.
Pour finir, le tunnelier a creusé une arrière gare de 300 m qui permettra aux rames de se retourner et d’être remisées en heures creuses et la nuit.
Combien de personnes travaillent sur ce chantier ?
Il y avait environ 200 personnes mobilisées. Maintenant que le creusement est terminé, les effectifs ont été réduits.
Pouvez-vous nous expliquer le rôle du tunnelier sur ce chantier ?
C’est un tunnelier monotube à pression de boue permettant la pose des 2 voies dans le même tunnel. Il a creusé 1,3 km de tunnel dont 300 m sous le Rhône (10 m/jour en sol tendre et 5 m/jour en sol dur).
Sa principale caractéristique réside dans le fait qu’il devait pouvoir creuser dans des sols à la géologie complexe.
En effet, le tunnelier Agathe a creusé aussi bien dans des alluvions gorgés d’eau, car nous sommes au niveau de la nappe phréatique et nous passons sous le Rhône, que dans la molasse (matériau argileux, collant et dur) ou dans le granite.
A quelle date le tunnelier a-t-il fini son travail ?
Le creusement est terminé et le tunnelier a atteint son puits de sortie (Grande Rue d’Oullins) le 23 avril 2011. Le travail du tunnelier a duré 194 jours.
La réalisation du puits de sortie comporte également une particularité puisqu’ il a été réalisé dans le granit, nous avons donc eu recours à des explosifs.
Cette solution était la moins contraignante pour les riverains car si nous avions utilisé un brise-roche hydraulique cela aurait occasionné des nuisances beaucoup plus importantes, voire insupportables.
Il y a une portion de 300 mètres sous le Rhône, comment faites-vous pour prévenir le risque d’infiltration durant le chantier ?
Au niveau de cette portion, le Rhône a une profondeur de 17 m.
Nous avons laissé au dessus du tunnelier une couverture d’environ 14 m (1,5 fois le diamètre du tunnelier). Le haut du tunnelier était donc à 31 m de profondeur et le bas à 41 m. Cette marge permet de limiter le risque d’infiltration.
De plus, le tunnelier injectait de la boue bentonitique par l’avant lors du creusement. Cela permet d’étancher au contact du terrain, c’est-à-dire de faire « un cake ».
Le tunnel est construit au fur et à mesure que le creusement avance. Les voussoirs, c’est-à-dire les morceaux d’anneaux comportant des joints, sont mis en place à ce moment là.
Le tunnel est conçu pour être étanche et durer 100 ans.
Le travail a été bien réalisé puisque nous n’avons observé aucune infiltration dans le tunnel.
Où en est le chantier aujourd’hui ? Etes-vous en avance ?
Oui, nous avons à peu près 3 mois d’avance tout en sachant que la mise en service est prévue fin 2013. Il nous reste 2 ans et demi de travail.
Quelles sont les étapes à venir ?
La prochaine étape est le démontage du tunnelier : une partie va être sortie à Oullins Gare et le reste va être découpé et sorti par le puits Orsel. Une durée de 2 mois sera nécessaire pour cette partie.
La seconde étape consistera à réaliser le béton de remplissage du tunnel. Celui-ci étant circulaire, il faut réaliser un fond plat à bonne hauteur pour pouvoir poser la voie.
Cette étape durera également 2 mois.
Ensuite, nous allons installer tous les systèmes qui permettent au métro de fonctionner : la pose de la voie, de la signalisation ferroviaire, de l’énergie, des enfumages, des colonnes sèches, de l’éclairage du tunnel, des prises pompiers et de la radio.
Dès que le tunnelier sera entièrement démonté, nous allons concevoir la partie génie civil et architecturale de la station Oullins Gare.
Le second œuvre sera réalisé : locaux techniques, revêtements muraux, revêtements de sol, escaliers mécaniques, ascenseurs, signalétique, billettique…
Cette station va être un pôle multimodal comprenant une gare et 450 places de parking relais. Nous devrons donc également réaliser les aménagements extérieurs.
Ces différentes étapes devront être terminées à l’été 2013 pour pouvoir effectuer les essais et la marche à blanc afin d’être totalement prêt fin 2013.
Propos recueillis par Maximilien Rival.